Encore une fois on veut détourner le débat sur l’affaire Sansal pour le focaliser sur l’autoritarisme et l’illégitimité du Pouvoir algérien. Ce biais, s’il a toute sa pertinence en Algérie, posé en France à travers les médias français prend une tout autre signification.
Depuis le déclenchement de l’affaire Sansal, c’est la droite extrême et les milieux sionistes qui sont à la manœuvre pour apporter leur soutien à l’écrivain, fustiger les autorités algériennes et menacer l’Algérie de leur vindicte raciste.
Si comme la judicieusement souligné Akram Belkaïd, l’arrestation de Sansal est un acte contreproductif pour l’Algérie et incompatible avec le statut d’écrivain, – on ne combat pas les idées par la geôle– il n’en demeure pas moins que réduire, l’affaire Sansal à une question de respect des droits démocratiques, c’est invisibiliser l'aspect essentiel de cette affaire : Un écrivain est-il légitimé au nom de sa propre liberté, à remettre en cause les frontières de son pays depuis l’étranger en sachant pertinemment que le moment est sensible, que les médias et les interlocuteurs choisis ont une hostilité avérée à l’égard de l’Algérie et facteur aggravant, que les conditions d’un débat contradictoire ne sont pas réunies.
Qu’en est-il alors de l’éthique et du devoir citoyen à l’égard des siens auxquels Sansal comme tout autre homme public sont soumis. ?
Un écrivain a-t-il le droit au nom de sa liberté de dire tout et son contraire ? Vieux débat d’école aujourd’hui réglé par les pratiques concrètes des États. Dès lors que les équilibres politiques du monde ont cessé d’être favorables à l’Occident, l’universalisme de la Liberté, tel que défini par la modernité occidentale est partout remis en cause. Des lois liberticides sont votées en Europe. Ce qui du même coup révèle l’hypocrisie du discours au nom duquel, depuis 1945, tant de peuples ont été massacrés, martyrisés.
De plus le contrôle systématique des médias par les puissances financières et les lobbys cadenasse le champ de la liberté d’expression. Ce qui du même coup ramène l’universalisme occidental à sa vérité dernière celle des intérêts du capital. Chaque nation s'est mise à dicter sa propre conception de la liberté ressortant des lois dont elle se dote et du champ d’exercices où elle l’inscrit. D’où la fatuité de parler au nom d’une certaine liberté quand celle-ci n’est plus qu’une fiction !
L’arrestation de Sansal n’est pas plus juste ni plus légitime que les persécutions dont sont victimes en France les personnes exprimant leur solidarité avec la Palestine. « Vouloir exprimer cette solidarité par la parole, l’écrit ou la manifestation est passible de convocation policière, de condamnation pénale ou d’interdiction préalable» note Mediapart. Chaque pays doit balayer devant sa porte, il nous appartient à nous Algériens d’exiger que nul ne soit embastillé pour ses idées.
S’agissant maintenant du contenu des propos de Sansal. La question des frontières de notre pays est une ligne rouge pour les Algériens, rouge du sang versé par les martyrs tout au long d’une longue histoire tourmentée et tumultueuse. Les géopoliticiens savent mieux que quiconque combien hier comme aujourd’hui les questions de frontière sont sensibles et partout dans le monde elles sont cause de tant de guerres et de malheurs. Minimiser la portée des propos de Sansal en les couvrant du droit de l’écrivain, c’est banaliser et dépolitiser une question sensible, ce qui revient par insistance à désarmer la vigilance de l’opinion algérienne.
Mr Sansal n’a pas le droit depuis la France et s’adressant à des sionistes de dire que Tlemcen, Mascara, Oran n’appartient pas à l’Algérie historique. Son statut d’écrivain ne l’autorise pas à blesser ses concitoyens surtout qu’il n’y avait aucune possibilité de répartie. Sa libération n’est pas une caution donnée à ses ignominieuses assertions, mais, nous l’espérons, un gage que plus aucun citoyen algérien ne sera emprisonné pour ses opinions.