HTS et la transition syrienne. "Les islamistes peuvent-ils être de vrais "révolutionnaires" ?

Je dirais qu'il y a, à l'échelle du monde arabe d'une part mais du monde occidental également, une suspicion systématique profonde, de la part des gouvernants bien sûr mais plus particulièrement de la part des forces que l'on va qualifier d’ “anti-impérialistes”, à l'égard des forces qualifiées d'islamistes.

Les gauches occidentales ou arabes dénient systématiquement aux islamistes la capacité ou la légitimité d'être les porteurs d'une quelconque dynamique positive, en l'occurrence la dynamique anti-impérialiste. Héros autoproclamés de “la libération des peuples” ils ne conçoivent pas que d’autres qu’eux puissent en être les acteurs. Cette posture tout à fait erronée a au moins deux causalités historiques distinctes.

La première tient au fait que les printemps syrien d'une part, libyen plus encore d’autre part, ont tous deux bénéficié, au moins fugitivement, d'un certain soutien occidental. L’image s’est donc ancrée que des islamistes pouvaient être soutenus (et donc forcément manipulés) par des acteurs occidentaux dont on sait à quel point leur image est illégitime dans le “Global South”.

S'il fallait choisir une seule facette de cette collaboration criminalisante dont les islamistes sont accusés, ce serait sans doute celle de Bernard-Henri Lévy, symbole du militantisme sioniste international le plus radical, bruyant promoteur du soutien de la France et de l’OTAN aux “tombeurs” de Kadafi, se tenant en 2012 à Ben Ghazi à leurs côtés.

Décisif en Libye, le soutien occidental à l'opposition syrienne n'a aucunement été suffisant pour permettre de compenser l'ampleur et l’efficacité des ingérences russe et iranienne. Mais il a été en revanche suffisant pour discréditer les révolutionnaires syriens en les faisant passer pour des “agents” de l'émir du Qatar, du président François Hollande ou -pire encore- du président Obama.

Cette image de la collaboration supposée des islamistes avec les forces impérialistes du mal a un précédent historique majeur. La conviction s’est installée dans de nombreux cerveaux paresseux que, parce que l’agenda des islamistes arabes luttant contre la présence soviétique en Afghanistan a fugitivement croisé celui de la guerre froide de Washington contre l’URSS, “la CIA a créé Al-Qaïda”. Oubliant que l’histoire du 11 septembre 2001, ou la “pleine autonomie” d’Al-Qaïda s’est spectaculairement affirmée, a fait voler en éclats un tel raccourci analytique.

Il en va de même avec cette vieille chanson des gauches voulant que “Bourguiba a créé les islamistes d’Ennahdha”, “Sadate, les Frères Musulmans” ou “Netanyahu, le Hamas”. Des convergences d’intérêts ponctuelles ne valent ni accord durable ni soumission.

Le second creuset de la défiance des héritiers des gauches arabes est plus banal. Il tient au fait que de façon absolument irrésistible, ce sont les islamistes qui ont, à leur détriment, affirmé leur capacité à former des majorités électorales et/ou à porter des processus révolutionnaires. Et pourtant, le discours de discrédit systématique et parfois irrationnel des islamistes continue sans trop de surprise à faire partie de la rhétorique de leurs concurrents défaits".

Poster commentaire - أضف تعليقا

أي تعليق مسيء خارجا عن حدود الأخلاق ولا علاقة له بالمقال سيتم حذفه
Tout commentaire injurieux et sans rapport avec l'article sera supprimé.

Commentaires - تعليقات
Pas de commentaires - لا توجد تعليقات