« Vent du Nord », Le jeune cinéma tunisien nous a offert une de ses perles

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Ce film, Vent du Nord, de Walid Mattar, est un plaidoyer contre le système capitaliste actuel, avec sa recherche effréné du profit maximum, avec ses deux faces, celle de la grande industrie moderne, exploiteuse de tout ce qui peut augmenter ses marges, au mépris total des intérêts et de la vie même de ses ouvriers, et celle de la délocalisation, qui lui permet de grossir ses bénéfices en exploitant, dans des conditions de quasi non-droit, une main d’œuvre sous-payée et docile, il y a tant de candidats…

Un tel film aurait pu être un exercice pédagogique sur la lutte des classes contemporaine, les liens invisibles mais présents, entre le destin des prolétaires des deux côtés de la mer, cette mer qui les rapproche le temps d’une semaine de séjour au soleil, et qui les rend si étrangers, concurrents le reste du temps : quand le travailleur du sud prend le travail de son alter ego du Nord, ou quand le jeune émigré clandestin va se présenter sur le marché du travail des métropoles...

Mais ici, si pédagogie il y a, elle n’est ni pesante, ni même visible : avec une grande modestie, le réalisateur, Walid Mattar, nous fait partager la vie, la simple vie de ces personnages écrasés par le système et impuissants à trouver des moyens de lui résister.

Le point de départ du film est la délocalisation d’une usine de chaussure de France en Tunisie, déplacement et changement de personnel auxquels on assiste sans grande surprise. Et on va suivre ainsi le parcours d’un ouvrier français, Hervé, qui voit dans l’indemnité de licenciement offerte la possibilité de vivre selon sa passion, une vie libre de pêcheur indépendant, qui lui permet aussi de rétablir ses rapports avec son fils.

Mais le système le broie, la vie économique est surveillée, il faut des formalités qu’il ne peut remplir, on lui saisit ses biens, il perd tout, y compris la liberté de vivre sa passion, et trouve un emploi précaire et à mi-temps.

De son côté, le jeune Fouad attend de cette usine, implantée maintenant dans une banlieue de Tunis, qu’elle lui donne les moyens de soigner sa mère malade et de construire un avenir avec la belle ouvrière dont il est épris. Tous ses rêves s’écroulent devant la réalité d’une exploitation doublée de mépris et il part clandestinement en France chercher une source de vie et de bonheur.

C’est raconté sobrement, sans discours de mobilisation, sans jamais suggérer l’espoir que ces vies puissent être différentes, que l’on puisse s’extirper de la toile d’araignée dans laquelle s’engluent les « pauvres » , ceux qui ont besoin de travailler pour vivre.

Le propos n’en est que plus incisif, l’angoisse que l’on ressent devant le constat que la vie est fliquée de partout, que même les lieux qui paraissent échapper encore à cette fatalité changent aussi, notamment par l’arrivée de ces entreprises à la recherche de main-d’œuvre « taillable et corvéable à merci ». Et on se met à réfléchir…

La fluidité du scénario, le jeu des acteurs, les images souvent très belles, la musique présente quand il faut, tout cela a été magistralement utilisé par un réalisateur, aussi jeune que toute l’équipe, qui nous rassure sur l’avenir du cinéma tunisien.

Ce film a obtenu trois récompenses amplement méritées aux dernières JCC : le prix du meilleur scénario, le prix Tahar Cheria de la meilleure première œuvre et le prix spécial TV5 Monde.


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